Ricochets/ Année 3/ Semaine 19

mardi 12 mai 2026, par Solange Vissac

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1/ Nous ne sommes jamais à l’abri de souvenirs de velours ou hérissés de piquants. Cela va et vient en nous au gré de rencontres, de lectures, d’odeurs qui jaillissent, de hasards qui nous percutent. Cela fuse, s’imprime puis disparaît jusqu’à la prochaine remontée des entrailles. Cela nait depuis les quatre directions du monde et cela permet de comprendre le cheminement que l’on a fait. Et l’horizon se découvre à nouveau.

2/ Simplement profiter de la lumière du jour qui entre à pleines poumons par les fenêtres. Croiser les regards de ces participantes à mon atelier d’écriture qui s’immergent dans leur interprétation de ce que j’ai pu leur proposer, après m’avoir fait confiance, et les écouter lire, avec émotion parfois, ce qui vient de naître sur leur cahier. Se réjouir ensemble de ces deux heures partagées, dans un lieu porteur de sérénité.

3/ Des voix s’élèvent des livres entrouverts. Elles viennent s’incruster entre les tempes, patientent puis libèrent leur parfum ou leur dard. La voix s’immobilise en nous, comme la main d’un ami posée sur notre bras. Un souffle monte par les interstices de la peau, et la peau se plisse, se creuse de ridules, s’abreuve. Cela respire en nous et notre souffle se fait autre. En chaque jour naît une respiration nouvelle.

4/ Sensation de vertiges ou de perte d’équilibre depuis quelques jours. La présence devant l’ordinateur s’en ressent. Il faut laisser l’esprit se détacher, patienter, attendre que tout se remette en place dans la tête. S’occuper à autre chose. Ménager la carcasse. Faire des compromis avec soi-même. Il y a parfois des renoncements à faire auxquels on n’est pas encore tout à fait prêt. Alors on lutte, on résiste, mais en vain.

5/ La nécessité d’étincelles au cours des jours, celles que l’on reçoit ou qui nous atteignent dans les bonheurs des hasards ou celles que l’on tente de procurer lors des ateliers d’écriture et qui permettent à quelqu’un d’écrire ce qu’il ne savait pas. Je l’ai vécu en tant que participante et suis comblée lorsque j’anime un atelier et que des textes surgissent avec force entre des doigts surpris, et l’émotion alors.

6/ Chaque jour des franchissements à négocier. Le passage des ténèbres à l’aube, le passage du silence à la parole, celui de l’oubli du poids des ans à sa résurgence, les problèmes et soucis divers et variés face à soi, la brutalité du monde qui nous entoure...Le franchissement de soi-même et de ses hématomes. Encore des passages à enjamber, ombre à franchir, du chemin où avancer et du souffle à retrouver.

7/ Je viens d’achever la lecture de l’année 2021 du Carnet de notes de Pierre Bergounioux. Il en reste quatre autres que je lirai par petites vagues. Et toujours – son premier Carnet de notes couvrait les années quatre-vingt – ses notations autour du ciel, de la lumière ou de son absence, de l’évolution des saisons. Savoir que l’un des premiers regards que je lance au petit matin est en direction du ciel.

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