Accueil > Lectures > Le présage
Je me sens proche de tous les enfants solitaires, je me retrouve en chacun d’eux. Je revis avec eux ces fins d’après-midi d’automne, d’hiver ou du début du printemps où l’on se fortifie de sa tristesse. Le vent se refroidit ; il semble venir de plus loin que l’instant d’avant ; il tire la nuit : c’est un vent porteur d’ombre et de silence. Les corneilles s’en vont, en criant, à sa rencontre. On le voudrait plus froid encore, annonciateur d’une nuit plus profonde. Les enfants solitaires aiment sentir dans ces moments-là, leur tristesse grandir : elle remplace pour eux la mer.
Pierre Gascar « Le présage » (Gallimard 1972)
