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Rien n’est pareil avec un disque. Ils n’ont pas de couverture mais une pochette. On le tire, la pochette est de côté, comme une mue. Il y a séparation, rupture de l’objet. Le livre demeure le corps et son dedans même. Il s’ouvre, mais alors comme s’ouvrent peu de choses et d’accessoires manufacturés, sans porte et sans tiroir, sans bouchon ni couvercle, sans fenêtre, sans mécanisme à la façon des parapluies. Comme les fruits – comme les huîtres –, il s’ouvre à cœur de sa texture un peu comme on fend l’eau, par le papier même. Mais contrairement aux fruits ou aux enveloppes timbrées, il s’ouvre partout à la fois ; drôle de chose, chaque page d’un livre est un autre dedans. […]
Combien de fois le même livre s’ouvre-t-il et se ferme-t-il entre les mains du lecteur ? Si chaque livre est un tout, il reste que le lecteur conserve une puissance absolue sur l’auteur, celle de décider de ses arrêts selon ses contingences ou son humeur. Il a sur l’écrivain une immense liberté, le choix du temps.
Michel Jullien « Le format d’un livre » (Verdier 2026)
Présentation du livre de Michel Jullien sur le site des éditions Verdier :
Le format d’un livre, ce sont ses dimensions bien sûr, mais davantage. C’est l’expérience d’un dehors et d’un dedans, celle d’une approche, d’un rapport physique avec l’objet, c’est un ensemble de sensations tactiles, visuelles, olfactives même. Chacun d’entre eux est une « géographie » que nous abordons quel que soit son contenu. À chaque ouvrage une hospitalité, une mouture typographique, un papier, un caractère d’imprimerie ; à chacun un tempérament.
Pour être entrés dans notre existence, ces bouquins sont nos jalons. Nous avons versé dedans une part de notre temps, un peu de notre vie y est désormais enfermée, capable de renaître.
