Accueil > Ricochets > Année 3 > Ricochets/ Année 3/ Semaine 22
1/ Ce qui naît en soi lorsqu’on ne parle pas, et patiente pour que le temps de l’écriture s’en empare. Quitter la langue basse, celle aux tonalités tristes et raviver du bout des doigts la langue haute pour aller à la rencontre de ce qui se murmure au creux de nos failles, dans les recoins d’ombres où tout se tait. Cela bruit dans l’incandescence de l’instant. Il suffit alors de s’accroître.
2/ Quand on est persuadé avoir été traversée par l’écriture et d’avoir laissé des traces sur le fichier d’ordinateur et que, le lendemain rien n’est inscrit, que l’écriture n’a pas eu lieu, que tout cela n’était que mental, et que bien sûr, on ne se souvient de rien qui aurait pu être noté. Entre l’horizon intérieur et le réel, l’espace est plein d’interstices où se perdre et d’arêtes où se heurter.
3/ Cheminant vers le village, je partage l’espace avec les hirondelles qui ponctuent leur vol d’ici à là et de là à ici, par ce que je nommerai leur chant. Il y a d’étranges solidarités qui se rencontrent dans le court passage d’un instant où la conscience est vive. Quelque chose de plus grand que les minutes partagées, et qui ramène à la mémoire d’autres instants similaires de bonheur de l’enfance.
4/ Dans l’instant, ouvrir un livre au hasard de ses mains, se balader au sein des pages dans le désir de devenir l’hôte de l’inconnu, de s’en faire l’écho et de devenir à son tour un émissaire de mots. Cela espère en soi, comme les fleurs espèrent à la fois le soleil et l’eau de pluie. Ce n’est que cela : une aspiration à mieux vivre, à mieux être, à être.
5/ J’invente mon propre modèle de vie. Je m’arrange avec qui j’ai été et qui je suis,désormais. Se désencombrer de ce qui pèse et se tourner vers ce qui porte un peu plus loin sur le chemin. Habiter en soi comme en une maison où vivre seul. À l’écoute de ses désirs et des visions d’horizons et des harpes du vent. Il reste encore des marches à gravir, alors poursuivre.
6/ Enfouie dans le livre de Michel Jullien « Le format d’un livre », je prends note de phrases images qui me ravissent : elle vient d’entrer dans cette annulation du temps qu’est lire en évoquant le personnage d’un film joué par Emmanuelle Riva. J’apprends aussi des termes qui concernent le vocabulaire du papier:chantonné,, les peilles, le pourrissoir, le gouverneau, le flotre, l’ambalard, la sallerane, l’andouille, le bourdonné, le bachasson, l’étresse…
7/ Visite d’une exposition autour de l’estampe, écouter les artistes passionnés par leur travail partager leurs explications et se nourrir de mots liés à cette activité : taille-douce, pointe-sèche, eau-forte, aquatinte, petit burin, résine de colophane, morsure...C’est ce dernier terme qui m’a interpellée, celui de morsure qui représente l’action de l’acide rongeant le métal pour faire apparaître, en creux, le dessin qui sera ensuite imprimé. L’artiste me parlait de morsure douce...
